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Avec
un petit quart d'heure de retard (n'est pas Axl Rose qui
veut) "The wall" débute par un speech,
non pas celui qui nous demande de ne pas utiliser de flash,
mais un extrait de "Spartacus" de Kubrick :
"slaves you were and slaves you remain" puis
tous les esclaves se lèvent en disant "I'm
Spartacus !". Les projos éclairent la foule,
tout le monde est Spartacus à Bercy. Pas moi, cependant,
puisque je suis Maximus, Russel Crowe étant mon
sosie. Mais les deux soldats sur scène s'en moquent,
jette la poupée Pink et on entend la mélodie
d'"Outside the wall" puis vient "In the
flesh" avec pétards et lumières tournoyantes.
Papy Waters apparait pour la première fois, avec
son t-shirt noir. Il enfile son long manteau de nazillon
à marteaux croisés pour ses quinze lignes
de chant. Puis l'image d'un chasseur en rase-motte fait
pétarader la scène avant qu'un avion en
polystyrène ne vienne directement du troisième
balcon se crasher sur scène et faire exploser un
pan de mur. A ce moment là, c'est bon, tu es dedans.
Vous n'étiez pas à Bercy pour voir Roger
Waters ? Vous vous en moquez parce que vous connaissez
l'album par coeur ? Eh bien vous avez tort parce que ce
"The wall" ne s'écoute pas davantage
qu'il se regarde. D'ailleurs il se regarde davantage qu'il
s'écoute. Ce concert est une démesure absolue.
C'est de la scénographie avant tout, des effets
à grandes louches, au centimètre et à
la seconde près, une débauche visuelle permanente.
Les concerts de Pink Floyd de 1980, en comparaison, sont
d'une sobriété désarmante. Pour le
coup nous savons où est passé notre argent.
Quand on sort son pognon pour voir un mec assis sur une
chaise jouer de la guitare acoustique, ça fait
mal. Ici, outre le mur de 70 mètres, il y a des
images en permanence sur l'oeil floydien ou sur le mur,
quelques effets pyrotechniques, des porteurs de drapeaux,
les personnages gonflables et j'en passe. C'est de la
mégalomanie pure et totale comme je l'aime.
Pour le deuxième morceau, "The thin ice",
apparait la photo du père de Waters, mort en 44
à Anzio. C'est le point de départ de la
thématique de la tournée, le "honor
a fallen loved one" lancé sur internet il
y a une paye par Waters. Ainsi durant l'entracte pourrons-nous
voir projetées sur le mur des photos et des petites
bios de gens morts... D'aucuns l'ont reproché à
Waters, "The wall" n'étant pas un album
sur le devoir de mémoire. Mais la plupart sont
passés outre et sont allés boire une bière
en attendant "Hey you". Mais nous en sommes
toujours au début du concert avec la première
intervention de... hmm... Robbie Wyckoff, il me semble,
pour les passages chantés originellement par Gilmour.
Il s'en sort bien, pour l'instant, même si son feeling
ne force pas l'admiration. Quoi qu'il en soit le groupe,
ce soir, est totalement annexe. Roger Waters est l'idole,
"The wall" est son oeuvre conceptuelle extravagante,
le reste est anecdotique. Le projecteur de l'hélicoptère
éclaire le public, "You ! Yes, you !"
et le professeur gonflable descend sur la droite de la
scène, éclairant la fosse de ses yeux rouges.
"The Happiest Days of Our Lives" est suivi de
l'inévitable "Another Brick in the Wall, Part
II". C'est le premier moment réellement festif
du concert avant que Pink ne s'engouffre derrière
son mur. Des enfants montent sur scène pour chanter
le refrain en playback, repris avec bien plus de force
par le public. Un public, d'ailleurs, pas forcément
aussi vieux que je ne l'aurais imaginé. Je précise
cependant que j'étais dans la fosse, les sexagénaires
avaient dû opter pour les gradins. Puis les solos
de gratte et les gosses qui s'attaquent au professeur
ballonné qui finit par se dégonfler.
En parlant de playback, sachez que ce live sent la présonorisation
à plein nez. Que Roger Waters ne chante pas réellement
en concert ne m'avait pas traversé l'esprit. J'avoue
d'ailleurs ne m'être jamais posé la question.
Il aura donc fallu que je le voie en vrai, finalement,
après l'avoir raté en 2007, pour constater
qu'il y a quelque chose d'anormal là dessous. Rien
que "The trial" où il joue tous les personnages
après deux heures de show et se tape le luxe d'être
parfaitement synchronisé avec les images mettrait
le doute au plus crédule. Waters a composé
pas mal de chansons casse-gueule, voire carrément
suicidaires (sur "The final cut" je m'arrache
toujours trois cordes vocales), et elles le sont d'autant
plus qu'il a une voix limitée, qu'il se produit
quasiment tous les soirs pour les besoins de la tournée
et qu'il a 67 ans. Combien Waters a-t-il réellement
chanté de morceaux ? Je serais bien incapable de
vous le dire, et je ne parle pas des bandes musicales.
Que voulez-vous, le spectacle est tellement colossal qu'il
faut bien manigancer un peu pour que tout concorde. Pour
le coup, aller voir "The wall", c'est un peu
comme regarder un match de catch. On sait que c'est du
chiqué, que c'est pour de faux, mais on en ressort
quand même avec la sensation d'avoir assisté
à un vrai spectacle d'une intensité considérable.
Evidemment, le concept, lui aussi, finit par se diluer
presque totalement dans l'image. Pink est triste, sa femme
le trompe, il s'enferme derrière son mur ? Ouais,
peut-être, mais ça en jette à mort,
les mecs !
Bref, "How can you have any pudding if you don't
eat your meet ?" Question pertinente. Waters se présente
alors seul sur le devant de la scène avec sa sèche
pour nous jouer "Maman", comme il dit, ici en
version deux solos. Il le fait en parfaite synchronisation
(encore) avec une vidéo du lui-même de 1980
projetée sur le mur. Le public réagit aux
lignes de chant clefs, selon la tradition, et lorsque
Waters dit "mother should I trust the government
?", un énorme "jamais de la vie"
s'affiche d'un côté du mur et un "no
fuckin' way" de l'autre. Tous les watersiens de Bercy
qui n'ont pas leur carte UMP sont délirants d'enthousiasme.
Une énorme caméra observe le public depuis
l'écran circulaire, "Big mother is watching
you". Sachez qu'il y avait devant moi - et ceci n'a
rien à voir avec la mise en scène - une
sorte de grand type qui a passé la plupart de son
temps à regarder derrière lui (c'est à
dire par dessus ma tête). L'idée même
de mettre 70 euros dans une place de concert, dont l'une
des qualités premières est le visuel, et
de regarder sans cesse en arrière, vous fascine,
j'en suis sûr. Moi aussi j'ai été
fasciné jusqu'à changer de place. Voir régulièrement
la gueule de ce mec m'a rapidement ennuyé.
Mais nous en sommes à "Goodbye Blue Sky".
"Look mummy, there's an aeroplane up in the sky"
dit Harry Waters, le même qui, avec 30 ans de plus,
joue des claviers derrière le mur. Des bombardiers
en vidéo déversent des logos de Shell, des
dollars, des croix chrétiennes, des étoiles
de David, le croissant et l'étoile de l'islam et
nous serons réellement bombardés, à
la fin du concert, de ces symboles en papier crépon.
Puis "Empty spaces", "Young lust",
"One of my turns", "Don't leave me now"
avec son énorme femme mante religieuse gonflable.
Et finalement "Goodbye Cruel World", Waters
se recule, goodbye, goodbye, goodbye, le dernier parpaing
est mis en place, le mur est complet.
Intermission. C'est aussi à ça qu'on voit
que Waters est vieux : une heure sur scène, vingt
minutes de pause. J'ai profité du repli d'un certain
nombre de fans qui sont allés se vider de leurs
bières (ou en boire) pour effectuer un replacement
efficace et bienvenu. Lorsque vous allez à un concert,
ne buvez pas de bière. Une fois la trentaine passée,
vous savez, boire de la bière n'impressionne plus
personne, votre ventre va gonfler et vous serez obligés
d'aller pisser toutes les cinq minutes. Tandis que moi
qui roule à l'eau plate, je suis parfaitement svelte,
je me suis considérablement recentré et
rapproché de cinq bons mètres.
Le début de la face B du vinyle, quant à
lui, est monumental, comme le mur, sur ses six premiers
titres. Si tu ne devais assister qu'à 25 minutes
de cette tournée, mec, c'était celles là.
Le concert reprend avec "Hey you" joué
à l'aveugle, donc, la scène vide, le groupe
derrière le mur. Deux briques enlevées pour
"Is There Anybody Out There" ; un pan de mur
descend pour révéler l'appartement dans
lequel Waters - assis et matant des images de guerre sur
son écran plasma - chante "Nobody home".
Puis viennent "Vera" et "Bring the Boys
Back Home" durant laquelle mon voisin électrisé
et un peu stone s'égosillera presque autant que
moi. Et enfin "Comfortably Numb" avec Waters
sur le devant de la scène, son compère chanteur
et Dave Kilminster à la gratte au sommet du mur.
Le second solo, bon sang, on a beau le savoir et le voir
venir, ça file toujours des frissons.
C'est ensuite que ça s'est un peu corsé,
musicalement, avec "The Show Must Go On", également
dans sa version longue, spéciale live (comme en
80) avec deux couplets ("Do I have to stand up"
etc.) Alors là, pour le coup, c'était tellement
moche que ce n'était assurément pas du playback.
Je ne sais pas si le plus dur était les choeurs
ou le soliste... Sur "Waiting for the worms",
on aurait dit une parodie. Passons à la deuxième
partie de "In the flesh" avec des projections
animalières chères à Waters dont
des moutons en Ipod avec l'inscription "Ifollow"
puis surgit le cochon télécommandé
qui survole le public. A ce moment là tu ne sais
plus vraiment où donner de la tête, si tu
dois écouter la musique, regarder la scène,
les images sur le mur ou un gros phacochère qui
vole à deux mètres au dessus de toi. Une
fois que Pink Waters a mis tous les mecs qui ne lui revenaient
pas contre le mur, il sort sa mitraillette et tire sur
la foule. Et si tu veux t'en sortir, ma foi, you better
run et le morceau gilmourien entraînant "Run
Like Hell" est le deuxième passage purement
festif du concert. Pour tout vous dire, ça dansait
frénétiquement autour de moi. Ces gars là
ont vécu pleinement le concert alors qu'ils sont
nés six ou sept après la sortie de l'album.
Et alors que nous avons l'impression de n'être là
que depuis une demi-heure, voici déjà la
fin du concert, "Waiting for the Worms", "Stop"
et "The Trial", toujours un peu chiant, surtout
pour une conclusion. Waters est donc parfaitement synchronisé
avec les dessins de Gerald Scarfe et se penche même
pour éviter un effet 3D, une image qui ne pouvait
évidemment pas le toucher, histoire de rajouter
à l'effet visuel. "Tear down the wall ! Tear
down the wall !", le mur s'écroule et tous
les musiciens reviennent devant les décombres jouer
"Outside the Wall". Waters a troqué sa
clarinette pour une trompette puis les confettis sont
lâchés. J'ai même vu le moment où
ils revenaient pour un rappel et nous jouaient "Echoes".
Mais finalement non.
par
Nazca
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