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"Le
grunge y’a que ça
de vrai !" semble
nous dire
Kurt Cobain.
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Ne
reculant devant aucun sacrifice, j'ai rencontré
le beau et sémillant Kurt Cobain... Mais, comment
ça, me demanderais-tu, toi qui sais qu’il
est mort il y a quelques temps déjà ? Eh
bien, c’est simple, grâce à mon mobilarsen
à propulseur turbo diesel d'occase j’ai pu
me téléporter en 91 et j'ai alors rencontré
le chanteur de Nirvana afin de lui poser toutes les questions
essentielles qui permettent de mieux cerner cette oeuvre
unique qui fait se pâmer d’aise tous les durs
de la feuille du monde entier.
Salut, Kurt, ça va ?
Comme un lundi.
Pourtant, aujourd'hui c'est vendredi !
Putain, déjà ?
Eh ouais, ça passe vite !
Quand je pense que hier encore, c'était
dimanche !
Ah non, c'était jeudi !
Vous croyez ?
Kurt,
ça vous fait quoi d’avoir le même prénom
que Kurt Russell ?
Ah, j'en suis pas peu fier. Vous l’avez vu dans
Tango et Cash ?
C’est un film sur la danse et le pognon
?
Pas du tout. C’est un film sur Tango et puis sur,
euh... Cash.
Ca a l'air intéressant.
Oui et en plus Russell y joue aussi bien que Stallone,
c'est dire.
Kurt,
j'ai lu dans le bouquin Smells Like White Spirit
que votre second prénom est Donald, est-ce un hommage
à Donald Duck qui a longtemps contribué
à l'élévation culturelle des masses
?
Pas du tout. C'est rapport à l'acteur Donald Sutherland.
Ma mère était fan des 12 salopards.
Elle l'a vu douze fois.
Kurt,
il paraît que votre talent s'est exprimé
très tôt. C'est vrai ça ?
Bien sûr. D'ailleurs, j'ai composé
Smells Like Teen Spirit à cinq heures
du mat' alors qu'à titre de comparaison il faut
savoir que Lennon a composé Strawberry Fields
Forever qu'à dix heures du matin.
Ne
seriez-vous pas en quelque sorte un artiste en avance
sur son temps ?
Absolument. J'en veux pour preuve le fait que l'autre
matin il était onze heures à ma montre et
quand je suis arrivé devant l'épicerie du
coin acheter un bocal de cornichons c'était encore
fermé !
Kurt,
dites-nous toute la vérité : pourquoi avoir
appelé votre groupe Nirvana ? Je ne vois
pas trop. Vous auriez pris Limp Bizkit ou Noise
In The Esgourdes, d’accord, mais là,
franchement, je ne saisis pas…
Quand on a commencé à chercher un nom pour
le groupe, il nous est venu The Rolling Stones
et U2 qui n'étaient pas mal. Mais bon,
le premier était trop long et le second trop court.
Et puis, ça ne faisait pas assez grunge. Et comme
on ne trouvait rien d'autre on a décidé
d'acheter un dico et de prendre un nom à la première
page qu'on ouvrirait.
Et alors ?
Alors, trois nous ont interpellé : niguedouille,
nirvana et nitroglycérine.
Moi, j'aime bien le dernier, c'est assez grunge, je trouve.
Oui mais un peu trop long. Le premier aussi d'ailleurs
et faisait trop déconne. Alors on a opté
pour Nirvana.
C’est quoi le grunge, Kurt ?
C’est pas fastoche à cerner. C’est
un truc très inspiré de la musique baroque
avec un rien de chants grégoriens...
Ah bon ?
Non, je déconne. En fait c'est un compromis entre
le hard-rock et le punk mais sans la crinière à
la con du premier et sans l’épingle à
nourrice du second qui fait super mal, le tout en gueulant
autant parce qu'en fait on souffre, perdus dans un monde
hostile, sans repères, repliés sur nous-mêmes,
hurlant une rage désespérée et des
super textes...
C'est pas facile d'être grunge, non ?
Bien sûr. Et en plus, étant donné
qu’on fait un max de boucan et comme je fais rien
qu’à hurler, du coup, on comprend que dalle
aux paroles vu que j’arrive pas à articuler
et m’exciter en même temps sur ma gratte.
C’est un peu dommage...
En
effet... Kurt, le grunge ne serait-il pas finalement quelque
part l'expression tangible d'un mal-être comme qui
dirait existentiel ?
Ah ouais quelque part. Le grunge c’est un truc où
on est hyper malheureux et du coup on tape comme des dingues,
avec en plus des solos au rabais et des guitares saturées
parce qu’en fait on n'a pas eu le temps d’apprendre
à jouer.
A propos de l'album Nevermind, pourquoi
l'avoir nommé ainsi ?
En fait je voulais mettre Never mind the bollocks
here the sex pistols en hommage aux petits excités
qui se baladaient dans le temps avec leur coupe de cheveux
fendarde mais les autres gus de Nirvana (il faut bien
qu’ils servent à quelque chose) m’ont
fait savoir que ça faisait un peu trop long, du
coup, j’ai raccourci en "Nevermind". C’est
court, ça pête, ça parle, ça
booste, ça cogne, c’est grunge.
Kurt, expliquez–nous la pochette, voulez-vous
?
C’est une métaphore. Dès que tu viens
au monde on te balance dans le grand bain où tu
vas nager ta vie durant après le pognon. Et si
tu fais du grunge, tu en gagneras un max.
Soyez franc, Kurt : votre première motivation
est l'argent, n'est-ce pas ?
Pas du tout ! Et en fait je m'y intéresse peu car
aussi curieux que cela puisse paraître, je suis
avant tout un créateur, cet être faible et
meurtri...
Et rebelle aussi, non ?
Oui bien sûr, toujours en quête de la muse
cette source d'inspiration capricieuse et en perpétuel
conflit entre la postérité que tout artiste
recherche inconsciemment et la thune, oh combien méprisable
certes, mais nécessaire quand même, vous
savez combien ça coûte une vidange ?
Euh, non, j'ai pas de voiture, je ne me déplace
qu'en vélo.
Vous faites bien et si tout le monde agissait de la même
façon c'est sûr que la Terre ne serait peut-être
pas en péril. D'ailleurs c'est ce que je dis en
filigrane dans 'Smells like teen spirit".
Ca vous fait quoi de savoir que Nevermind
est le disque le plus populaire de l'année ?
Pas grand chose vu toutes les conneries qui sont sorties
en même temps.
Un rock-critic dur d'oreille aurait affirmé
qu'écouter Nirvana c'est comme se parfumer les
pavillons. Vous en pensez quoi ?
Personnellement je dirai plutôt que c'est s'enfoncer
de l'acné dans les oreilles.
Kurt,
d'aucuns affirment que Nirvana est l'avenir du rock. Ca
vous inspire quoi comme pensée profonde, là,
tout de suite, maintenant, tout de go ?
Toudego ?
Oui.
Eh bien, comme on ne peut pas savoir de quoi
demain sera fait, je serai pas loin de penser que le présent
est l'enclume où se fait l'avenir comme disait
si justement Victor.
Paul-Emile
?
Non,
l'autre, le barbu qui a écrit Le père
Goriot.
Kurt, vous arrive-t-il d'improviser avec vos potes de
Nirvana ?
Ah oui, souvent. D'ailleurs récemment
on a improvisé un plateau-télé.
C'était quoi ?
Des sandwichs de vers de terre au ketchup tout en regardant
Questions pour un champion. Mais bon, j'ai perdu.
j'ai calé sur une question pas fastoche.
Ah
oui ? Laquelle ?
Eh bien, il fallait dire où se trouve la muraille
de Chine.
Et
alors ?
J'ai répondu : "au Japon".
Vous
n'étiez pas loin.
C'est à côté ?
Kurt, quel est le message que vous avez
voulu faire passer dans la chanson In bloom ?
C'est un message des plus simples, quelque part
entre Husserl et Merleau-Ponty, entre l'être et
le néant, entre la poire et le fromage, entre Simon
et Garfunkel.
Vous arrive-t-il, Kurt, comme vous l'affirmez dans Something
in the way de vous nourrir encore des gouttes d'eau
qui tombent du plafond sous les ponts ?
Oui, toujours. L'eau du robinet c'est hyper dégueulasse.
Kurt, je trouve votre chanson Come Together particulièrement
bien réussie !
Vous voulez sûrement dire Come as you
are. J'avoue que pendant l'enregistrement on s'est
bien marré. A un moment je ne suis pris les pieds
dans les fils électriques et je suis tombé
tête première sur la pizza qu'on devait se
bouffer à la fin de la prise.
J'ai
lu sur Sonotone.com que le grunge a été
inventé le soir du 29 février 1988. Même
qu'il s'est mis à pleuvoir des crapauds, ce soir-là...
C'est vous qui l'avez inventé ?
J'aurais bien aimé mais ce soir-là
j'ai pas pu, j'avais mon cours de solfège.
Dommage mais quand même vous n'êtes pas loin
d'être l'icône du grunge.
C'est vrai. Même que parfois je trouve
que je suis un peu icône sur les bords.
Vous auriez un dernier mot pour conclure,
Kurt ?
Masculin ou féminin ?
Féminin.
Euh... daube ?
Merci,
Kurt.
Alors, j’ai remis tristement en marche mon mobilarsen
à propulseur turbo diesel d'occase et je me suis
téléporté en 2011 dans un monde angoissant
fait de misère, de maladies, de guerres et en plus
on trouve encore des cds de Nirvana en solde au supermarché
du coin.
__
par
éRiC
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