| |

|
Après avoir vu 3500 personnes taper des pieds et
des mains, debout, extatiques, parce qu'elles ont entendu
la musique d'un dessin animé avec des enfants qui
chantent "TOTORO ! TOTORO !" devant un écran
géant sur lequel on voit une sorte de gros chat
avec un parapluie, je peux décemment dire que j'ai
tout vécu. Je croiserais un tyrannosaure demain
matin, en allant acheter mon pain, que j'en resterais
blasé.
Bref, si vous aussi avez ronchonné des heures durant
parce que les paroles étaient en anglais plutôt
qu'en japonais, sans doute étiez-vous au Zénith
pour voir Joe Hisaishi, comme moi. Enfin, je dis ça
mais je n'ai pas ronchonné, pour ma part, puisque
j'ignorais qu'il y avait des passages chantés dans
les morceaux d'Hisaishi. Comprenez bien que j'ai essayé
de regarder les dessins animés de Miyazaki parce
qu'ils sont géniaux mais j'ai assez vite arrêté
parce qu'ils ne le sont pas. Je n'écoute pas Hisaishi
pour ses musiques de dessins animés mais de films
et j'avais même dit : "J'irai le voir s'il
joue "Le mécano de la General" et "L'été
de Kikujiro"" en pensant qu'il ne les jouerait
sans doute pas. C'était un peu comme si j'avais
dit, à l'annonce d'un concert de Renan Luce : "S'il
joue le concerto pour piano et orchestre n°20 en Ré
mineur de Mozart, j'y vais !". C'était une
façon de dire que je n'avais pas que ça
à faire de mettre cinquante billets sur le bonhomme
pour entendre des musiques de dessins animés que
je n'ai même pas vus.
Puis je me suis enquis de la set list et j'ai constaté
qu'Hisaishi jouait les morceaux susdits. Or je n'ai qu'une
seule parole et je me suis rendu au Zénith, ce
jeudi soir, le 23 juin 2011, vers 20h. Pour l'occasion,
Joe Hisaishi avait rameuté toute la Japan expo,
c'est à dire globalement des jeunes (pour les places
à 55 euros autour de moi, tout du moins, j'imagine
que c'était encore plus le cas pour la catégorie
inférieure, sans doute moins pour la supérieure),
venus écouter religieusement sa musique. Oui, j'ai
lu le mot "religieusement", quelque part. J'en
remercie son auteur parce que c'était quand même
un peu de ça qu'il s'agissait. Je ne suis pas un
adepte de la religiosité artistique et j'ai constaté
que pas mal de spectateurs étaient sur la brèche
comme ils le sont sans doute concernant Miyazaki et aussi
pour tout un tas d'autres trucs intouchables. Toujours
est-il que l'absence de recul a le mérite de toujours
mettre de l'ambiance où les désabusés
ne bronchent pas.
Ce que j'ai retenu de ce concert, outre un public de fans,
c'est le thème, sympathique, de "Princesse
Mononoke", l'ensemble du "Mécano de la
General" (même si j'ai regardé les images
sans vraiment écouter la musique que je connais
par coeur), "Hana bi" et "Kids return",
les cuivres de "Let the bullets fly", "Departures"
et évidemment "Summer" qui a eu la première
standing ovation de la soirée. Le final, par contre,
avec le retour des choristes, a été plus
difficile. Je ne sais pas si j'ai souffert davantage sur
"Ponyo" ou sur "Totoro" alors que
ma voisine quadragénaire, elle, était au
bord des larmes. Sans plaisanter, hein, j'ai tout vécu.
Sinon, il y avait aussi une aération, une clim
ou un type qui écoutait de la techno avec des basses
"boum, boum". Chaque fois qu'Hisaishi était
seul au piano, j'entendais sur ma gauche un gros ronflement
désagréable. Déjà que le Zénith
est un hangar qu'on sonorise comme on peut, si en plus
ça vrombit sur "L'été de Kikujiro",
je ronchonne. Bref, ça ajoutait au côté
"fait à la va-vite" du concert avec ses
musiciens recrutés à la dernière
minute sur facebook.
Mais la qualité principale de ce concert, me direz-vous,
était peut-être finalement dans cette somme
de paradoxes, ses 200 choristes et son orchestre symphonique
pour jouer des musiques de dessins animés, devant
une salle comble et des milliers de personnes émues.
Et puis c'était un concert de charité pour
le Japon, voyez, moi je fais dans le caritatif.
par
Nazca
|
|
disque
:

Yes
Magnification
|