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Avant
de vous parler de Guns n' Roses, il me semble honnête
et opportun de dire quelques mots sur un très beau
groupe nommé Murderdolls. Entre mon arrivée
en retard et mon passage par les toilettes, j'ai bien
dû les voir jouer vingt minutes. J'ai retenu "fuck",
"drugs" et "motherfucker". Le chanteur
nommé Wednesday 13 (!?) nous a raconté que
baiser et se droguer, y'avait que ça de vrai, et
qu'il aimait tellement le mot "fuck" qu'il avait
écrit une chanson pour lui rendre hommage. Ensuite
il a parlé de drogue puis a demandé au public
de dire "fuck you" avant de chanter un morceau
consacré à la drogue. De plus il avait un
parapluie sur lequel était écrit "fuck".
Bref, j'aurais dû rester aux chiottes vingt minutes
supplémentaires ou bien chez moi et me pointer
beaucoup plus tard. Par "beaucoup", j'entends
1h15 après la fin de Murderdolls, soit à
peu près 22h30.
Tous ceux qui se sont offusqués que Guns n' Roses
se soit présenté sur scène plus d'une
heure après la fin de Murderdolls se sont entendus
dire qu'Axl Rose était rock n' roll. Tu pensais
qu'Axl Rose était un connard irrespectueux ? Eh
bien non, pas du tout, il est rock n' roll. Et si tu n'es
pas rock n' roll toi-même, pfff, t'as rien à
faire là ! Quant à savoir ce qu'ils en penseraient,
ces gens rock n' roll, si vous leur filiez rencard et
arriviez avec une heure de retard, je l'ignore. Quoi qu'il
en soit, toi, lecteur, tu n'es pas Axl Rose alors tu as
intérêt à être à l'heure
! Et si tu l'es (Axl Rose), alors permets-moi de te poser
une question : t'es-tu teint le bouc en roux ou as-tu
réellement des poils de barbe orange fluo ?
Bref, pour vous dire que l'attente fut longue, Bercy a
fini par lancer une ola. Or nous savons tous qu'un public
qui fait la ola est un public qui s'emmerde. La ola, d'ailleurs,
a été popularisée en 1986, souvenez-vous,
quand Maradona mettait la misère à Peter
Shilton. Et Maradona, ça c'est un mec rock n' roll
! Mais bon, hein, qu'importe ta nuit précédente
trop courte, ta journée de boulot pourrie et l'assurance
de devoir marcher 1h40 pour regagner tes pénates
à pied jusqu'aux tréfonds du 18e arrondissement
une fois le concert terminé. Qu'importe oui, car
tu es venu voir Guns n' Roses, mon pote !
Le set de Guns n' Roses a commencé par "Chinese
democracy". Depuis ma position, ça se rapprochait
à peu près, vaguement, de quelque chose
d'inaudible. Il y avait un truc compact difforme et, par
dessus, surmixé, Axl Rose ! Vous avez cru que Rose
était le truc compact difforme ? Non, n'exagérons
rien. Seulement, Axl Rose, disais-je, avec son chapeau
mou et son jean troué, a besoin de chauffer sa
voix pour fonctionner à pleine puissance. Du coup
le début du concert m'a jeté comme un froid.
J'avais patienté une plombe - et accessoirement
dix-neuf ans - pour entendre un groupe de bal qui jouerait
dans son garage... Et Rose, sa voix, j'avais l'impression
qu'il la foutait n'importe où. Si Axl Rose ne chante
plus comme Axl Rose, bon sang, Axl Rose n'est plus Axl
Rose. Et si Axl Rose n'est plus Axl Rose, pour le coup,
il ne reste plus un seul musicien de Guns n' Roses dans
Guns n' Roses... Et ne me parlez pas de Dizzy Reed ! Quand
ça fait des années que tu écoutes
Rose sur album, voir évoluer sur scène un
mec qui te fait penser à Benny Hill fringué
comme Michael Jackson avec la voix de Neil Young, accompagné
par un vulgaire boucan de chantier de construction et
des images hideuses diffusées sur écran
géant... le drame.
Ensuite il y a eu "Welcome to the jungle". Et
là, je suis passé du tout au tout. Parce
que "Welcome to the jungle", do you know where
the fuck you are ?, c'était comme si j'étais
à nouveau en 1991, en train de découvrir
Guns n' Roses. "Welcome to the jungle", donc,
m'a ravi. Je n'entendais pas davantage ce qui était
joué mais, bon Dieu, c'était "Welcome
to the jungle" ! Ensuite le groupe a déroulé
jusqu'à "Sorry", qui porte finalement
bien son nom, puisque j'ai été horrifié.
Avec le recul, je me rends compte qu'à part un
ou deux morceaux (disons plutôt un), tout ce qui
était issu de "Chinese democracy" m'a
effrayé. Soit parce que je connais moins bien l'album
et que mon oreille n'a pas comblé les manques imputables
à la sono, soit parce que les originaux sont trop
compliqués, trop produits, trop mixés et
impossible à rejouer, soit parce que trois guitaristes
de front, ça fout le bordel. Le fait est que c'était
moche, autant "CD" que "Better", "Street
of dreams" ou "Shackler's revenge". Quant
à "Sorry", ce fut le pompon. Pas tant
à cause de l'instrumentation que de la voix d'Axl
Rose. Ce mec a quand même soufflé le chaud
et le froid pendant 2h30. Et quand Rose chante faux sur
un morceau plus calme, c'est plutôt démoralisant
parce qu'on l'entend beaucoup mieux. Cependant, faux ou
pas, il est évident que tout le monde était
venu pour lui. Comme tout le monde vient pour Slash (Myles
Kennedy ? Jamais entendu parler), tout le monde est là
pour Rose (DJ Casbah ? Jamais entendu parler). Et même
Dizzy Reed, lorsqu'il est descendu faire son solo de piano...
il s'est fait siffler. Tout le monde s'en tape du solo
de piano de Reed ! Les gens veulent voir Axl Rose chanter
"Nightrain" et c'est tout.
D'ailleurs, en parlant du célèbre Dizzy
Reed, laissez-moi vous parler des autres membres du groupe.
Oui, il y en a d'autres, et ils sont même carrément
sept (huit avec Axl). Sur les sept, je compte déjà
deux fantômes : Tommy Stinson, tout d'abord, à
la basse, qui est tellement discret qu'une bande sonore
ferait aussi bien l'affaire. Quant à Chris Pitman,
putain, on ne l'a même pas vu ! Et je ne suis pas
sûr qu'on l'ait entendu. Même Ferrer a la
batterie ou Reed au piano ont plus de présence.
Quoi qu'il en soit, deux claviéristes sur scène
pour jouer la suite pour deux pianos n°1 de Rachmaninov,
je ne dis pas, mais pour "Sweet child o'mine",
ma foi, ça ne me semble pas indispensable. Après
tout, à quoi servait Teddy Andreadis, à
la grande époque ? Je ne sais pas très bien.
Ensuite il y a DJ Ashba, le nouveau guitariste soliste
(quelque chose comme le dix-neuvième musicien officiel
de l'histoire du groupe). Il porte un chapeau et joue
sur une Gibson, clope au bec... Ça ne s'invente
pas. Malgré la ressemblance évidente avec
l'original, on ne peut pas enlever à DJ Ashba son
jeu de scène. Outre Axl Rose, il est un peu le
seul à exister. Ensuite il y a Ron Thal (le remplaçant
de Buckethead, le plus fendard des guitaristes de la planète)
et Richard Fortus dans le rôle de Stradlin. Pourquoi
trois guitaristes ? Pour qu'il y en ait un avec un jeu
traditionnel (Ashba) et l'autre qui fasse des sons bizarres
(Thal) ? Peut-être. L'encombrement sonore, pourtant,
doit aussi venir un peu de là. Quant à l'aspect
"tribute band", évidemment, j'ai du mal
à me l'ôter de la tête. Tous ces mecs
font bien leur boulot mais ils n'ont rien composé
(ou peu) de tout ce qui a été joué.
Pour vous donner une idée, chaque guitariste a
joué un solo. Si "The ballad of death"
de DJ Ashba dépote grave, les autres - non contents
de déjà faire des reprises de Guns n' Roses
- proposent le thème de James Bond et de la Panthère
rose... Thèmes recomposés, évidemment,
mais putain, les gars, vous auriez pu prendre une partition
et faire quelque chose à vous, pour l'occasion.
J'ai franchement vu le moment où ils allaient jouer
le Parrain...
Enfin, c'est probablement entre "Live and let die"
et "This I love" qu'Axl Rose a commencé
à retrouver sa voix. Le bonhomme fonctionnait finalement
à plein régime (et il en avait bien besoin,
si vous me permettez le double sens). Déjà,
il n'y avait plus cet écho désagréable
(ou peu importe ce qu'ils avaient foutu sur sa voix) et
non seulement Rose tapait davantage juste mais il commençait
même à en rajouter. Parce qu'un Axl Rose
sans "aïaïaïïï !",
c'est triste comme la mort. Cela dit, en ce qui concerne
la justesse de son chant (ou plutôt l'injustesse),
si son retour de son était comparable à
ce que j'entendais, je lui pardonne volontiers. Parce
que la sono de Bercy... malheur ! Et sortir soixante billets
pour entendre des bidons dévaler un escalier, moi,
ça me fout les boules. Mais bon, hey, je suis rock
n' roll moi aussi ! Alors à la sono, je lui dis
"fuck off" et je lui fais un doigt.
Parce que je suis un fan, comme vous, j'en ai le droit.
Certes je ne suis pas un trentenaire gros et barbu, un
peu dégarni, avec le blouson en jean... Si, vous
savez, le prototype du hardos. PERSONNE ne porte un blouson
en jean sauf le gros barbu un peu dégarni lors
des concerts de hard. Eh bien je ne suis pas comme ça,
non, mais j'ai acheté, à sa sortie, "Pawn
shop guitars" de Gilby Clarke ! Merde quoi, faut
être sacrément fan pour en arriver là,
reconnaissez-le. Alors voilà, je suis fan. Et s'il
est de notoriété publique que le fan est
aveugle, jamais personne n'a dit qu'il était sourd.
Alors je m'octroie le droit de dire au son que pendant
qu'il nous emmerde, somebody's fuckin' his wife. Et pour
peu que j'arrive à placer un paragraphe sur la
consommation de drogue dure d'ici la fin, je serai l'égal
de Murderdolls.
Mais nous en étions à "Rocket queen"
puis "Street of dreams" à la fin de laquelle
Rose chute (volontairement ?) de son piano, "You
could be mine" avec une course de formule 1 diffusée
sur l'écran géant (?!?) et la doublette
flambante "Sweet child o'mine", "November
rain" ou plutôt devrais-je dire la quadruplette
flambante "The ballad of death", "Sweet
child o'mine", "Another brick in the wall",
"November rain". Eh oui, après "Mother"
en ouverture de "Paradise city", Axl Rose reprend
une autre compo de god himself Roger Waters. Morceau d'ailleurs
chanté par une grande partie du public qui connait
mieux "we don't need no education" que les paroles
de "Madagascar".
Après la quadruplette magique, la quadruplette
horrifique : Bumblefoot et sa panthère rose, "Better"
(terrifiante), "Knockin' on heaven's door" et
"Shackler revenge". Concernant les morceaux
de "CD", je n'entendais rien (et je déteste
"Better"). Quant à "Knockin'",
c'est un peu le morceau que tout le monde aime, évidemment.
Moi aussi, n'est-ce pas, mais pas cette version dite "calme"
que j'avais déjà entendue, me semble-t-il,
au Rock am Ring de 2006. J'aime quand "Knockin'"
est plus enlevée et que ça crie. Et puis
en concert elle dure toujours dix minutes avec Axl Rose
qui fait chanter le public. Or, faire chanter le public,
ce n'est quand même pas très rock n' roll,
je trouve. Surtout si on se souvient d'Axl Rose jeune
plongeant dans la foule pour refaire la gueule d'un type
qui filmait. Alors évidemment, en ce temps là
il était svelte, souple, il ondulait lors de sa
célèbre danse du serpent, courait sans cesse
et bondissait de partout avec son moule burnes. Disons
le tout net, tout en réaffirmant cependant notre
hétérosexualité évidente et
maintes fois confirmée : Axl Rose était
beau. Aujourd'hui il compte surtout sur son charisme.
Il est bouffi, il n'arrive plus à courir et on
a même parfois l'impression qu'il va laisser son
dentier sur le carreau. Mais quand il va sur le bord de
la scène secouer frénétiquement ses
bras malgré ses rhumatismes, il soulève
la salle. Toi qui me lis, va donc bouger bêtement
tes petits bras tout frêles et tu verras que personne
ne hurlera.
Et finalement ? Eh bien ils ont joué "Nightrain"
avec Ashba qui déambulait en tribune, "Don't
cry" en version Ron Thal avec le public au chant
(relativement raté, d'ailleurs), "Madagascar",
un catchy "Whole lotta rosie" et l'inévitable
final "Paradise city". Et puis ça pète
de partout avec des confettis.
___
par
Nazca
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